Webinaire - entreprises familiales et société à mission (2e édition)

Contexte du webinaire « Société à mission : qu’en pensent les entreprises familiales ? »
Pourquoi les entreprises familiales, pourtant proches par nature de l’esprit “à mission”, restent-elles minoritaires à adopter cette qualité ? C’est ce constat qui a piqué la curiosité de l’équipe HAATCH, société à mission elle-même depuis 2020, en partenariat avec la Communauté des entreprises à mission – association fédérant 350 organisations à mission ou en chemin -, Cécile de Lisle – Directrice Exécutive du Centre Family Business d’HEC Paris – et Family & Co – spécialiste de l’accompagnement des entreprises et actionnaires familiaux depuis 2004. Nous avons mené l’enquête en réalisant une dizaine d’entretiens avec des entreprises familiales de profils variés, certaines “à mission”, d’autres non, certaines plutôt sponsors, d’autres plutôt opposées à la démarche.
Après le succès de la première édition du webinaire consacré à l’exploration du regard porté par les entreprises familiales sur le démarche de société à mission en janvier (plus de 150 participant·es), nous avons décidé de reconduire le format. C’est ainsi que s’est tenue le 18 juin la deuxième édition du webinaire avec de nouveaux témoignages d’entreprises familiales et le partage des dernières avancées sur le projet.
Lors de cette seconde édition, ont notamment témoigné :
- Morgane Le Breton, gérante de maison Le Breton
- Damien Dodane, directeur général de CRISTEL
Ainsi que des expert·es de la mission et des entreprises familiales :
- Sylvain Prévot, co-président de la communauté FBN Impact
- Valérie Brisac, directrice Générale de la Communauté des entreprises à mission
- Laurent Allard, associé chez Family&Co
- Cécile de Lisle, directrice exécutive du Family Business Center HEC)
Le webinaire était animé par Alexis Krycève, fondateur associé de HAATCH.
Pour revoir l’intégralité du webinaire c’est ici :
Résumé du webinaire
Entreprise familiale, société à mission : de quoi parle-t-on ?
Représentant le FBN, Sylvain Prévot a rappelé les trois critères qui définissent une entreprise familiale : la propriété et le contrôle du capital par une famille, l’implication de cette famille dans le management, et enfin la transmission déjà réalisée sur une ou plusieurs générations, ou, à défaut, la volonté de transmettre.
Du côté de la Communauté des Entreprises à Mission, Valérie Brisac a détaillé les quatre piliers de la qualité de société à mission : une raison d’être avec des objectifs sociaux et environnementaux inscrits dans les statuts, une gouvernance dédiée, et une vérification régulière par un organisme tiers indépendant. Pour les entreprises familiales en particulier, devenir société à mission présente trois intérêts notables : sécuriser le projet entrepreneurial sur le temps long en le faisant porter par toute l’entreprise, ouvrir la gouvernance à un regard extérieur via le comité de mission, et renforcer la relation de l’entreprise avec son écosystème.
Les entreprises familiales semblent donc particulièrement bien placées pour devenir à mission, car elles disposent d’une vision de long terme et de valeurs souvent ancrées dans l’histoire familiale. Les 71 % d’entreprises françaises dites familiales, évoqués en introduction, méritent toutefois la nuance apportée par Cécile de Lisle (HEC Paris) en conclusion, car avec la définition stricte du FBN intégrant le critère de volonté de transmission, ce chiffre tombe à 20 % pour la deuxième génération, et à 10 % de ce sous-ensemble pour la troisième.
Deux témoignages d’entreprises familiales, deux trajectoires
Pour incarner ces constats, deux dirigeants d’entreprises familiales à mission ont partagé leur expérience : Morgane Le Breton, gérante de la Maison Le Breton (production de vin, deuxième génération), et Damien Dodane, directeur général délégué de Cristel (ustensiles de cuisine inox haut de gamme, deuxième génération également).
Pour Morgane Le Breton, le passage au statut a surtout été un outil de clarté, après plusieurs années d’engagement RSE déjà solide en externe :
Il y avait un problème de lisibilité car on faisait du vin qui n’était pas bio et les gens ne comprenaient pas pourquoi on étaient engagés. La mission nous a aidé à clarifier notre positionnement et notre démarche. Ce n'est pas un label, ce ne sont pas des cases à cocher; ce sont nos cases que l'on se crée nous-mêmes.

Chez Cristel, c’est la troisième génération qui a porté l’envie de formaliser des valeurs jusque-là transmises de manière informelle. Selon Damien Dodane, le travail engagé avec l’ensemble des collaborateurs a été l’un des moments les plus marquants du chemin vers la mission :
Il s’agissait d’inscrire les valeurs qu’on partageait au quotidien pour les inscrire quelque part, au-delà de la famille. On a travaillé avec nos collaborateurs pour savoir quelles valeurs on avait envie de partager au quotidien. Ça a été un travail extraordinaire, on s’est rendu compte qu’on était en phase avec ce qu’on avait envie de faire et les valeurs qu’on avait envie de partager.

Il est également revenu sur l’intérêt du comité de mission pour sortir d’une gouvernance purement familiale, en allant chercher des compétences et des visions hors de la famille. Damien Dodane partage aussi un bilan plus large, où la mission rejoint directement la pérennité économique de l’entreprise. La première mission d’une entreprise reste pour lui de créer de la richesse. Ainsi, Cristel a fait le choix de remplacer le volume par la qualité dans sa stratégie, et continue de se développer dans un contexte de marché difficile, preuve selon lui que la mission est l’un des ressorts de cette dynamique.*
Un cadre qui rassure, mais qui doit rester incarné par la famille
Animant les échanges, Alexis Krycève a souligné l’enjeu de la frontière, parfois floue pour les équipes, entre la famille et le reste de l’organisation.
Finalement, poser sur une table les valeurs, le modèle de mission, les engagements, ce à quoi on veut contribuer, c'est un peu, dans un souci d'équité, remettre tout le monde à niveau sur ce qu’est notre projet commun, et ça, c'est quelque chose qu'on a ressenti très fortement dans les retours des entreprises familiales.

C’est précisément ce que le statut de société à mission permet d’adresser, en confirmant des engagements partagés par tous, au-delà du cercle familial.
Pour autant, Cécile de Lisle identifie trois freins chez les entreprises familiales hésitantes : la réticence à laisser entrer un regard externe, un décalage entre la gouvernance de l’entreprise et la gouvernance familiale, et un risque de manque d’incarnation de la mission par la famille.
Des points de bascule à saisir selon l’analyse de Laurent Allard
Pour Laurent Allard (Family & Co), ces témoignages illustrent des « points de bascule » où le statut d’entreprise à mission devient un appui, comme par exemple l’arrivée d’une nouvelle génération ou l’ouverture du capital à des tiers, qui appelle à formaliser l’ADN de l’entreprise. Il nuance toutefois un frein souvent cité, l’opposabilité à l’actionnaire, un enjeu peu pertinent quand la famille, elle-même actionnaire, est déjà alignée sur sa mission.
Mot de la fin
En conclusion du webinaire, Alexis Krycève remarque la convergence remarquable qui émerge de ces témoignages et souligne que la réflexion sur la rencontre entre entreprises familiales et société à mission ne fait que commencer. Engagée depuis un an avec le FBN et la Communauté des Entreprises à Mission, cette exploration révèle des « points de bascule » réguliers, où le statut devient un appui majeur pour formaliser et sécuriser le projet entrepreneurial. Ce qui ressort surtout des témoignages de Morgane et Damien, c’est que la société à mission n’est pas une démarche supplémentaire, mais un cadre qui clarifie et structure ce qui existe déjà. Elle redonne sens, aligne les équipes au-delà du cercle familial, et renforce la durabilité économique et sociétale de l’entreprise.
Un nouvel atelier est prévu le 30 septembre prochain lors du salon PRODURABLE pour poursuivre cette réflexion collective.