Société à mission : qu'en pensent les entreprises familiales ?
Société à mission : qu'en pensent les entreprises familiales ?

HAATCH était à l’édition 2026 de Produrable !
Ce fut l’occasion pour nous d’animer 3 conférences, dont celle-ci, le 30 septembre 2026 à 15h30.
Retrouvez dans cet article la synthèse de la conférence « Société à mission : qu’en pensent les entreprises familiales ? ».
Retrouvez ci-dessous la captation vidéo de la conférence sur Youtube :
Intervenants
- Alexis Kryceve, Dirigeant fondateur, HAATCH (animateur) – LinkedIn
- Evelyne Barberot, Directrice Générale, Groupe GPA – LinkedIn
- Laëtitia Desvignes, Direction mission et impacts, Restoria – LinkedIn
- Valérie Brisac, Directrice Générale, Communauté des entreprises à mission – LinkedIn
- Laurent Allard, Associé Co-Gérant, Family & Co – LinkedIn
- Cécile de Lisle, Directrice exécutive, Centre Family Business d’HEC – LinkedIn
Thématique de la conférence
La démarche de société à mission est-elle intéressante pour les entreprises familiales ?
La logique de la société à mission rejoint celle de l’entreprise familiale, avec une dimension de temps long et des valeurs qu’elles cherchent à inscrire dans la durée. Pourtant, les entreprises familiales ne semblent pas majoritairement se lancer dans la démarche. Comment expliquer ce phénomène ?
Pour en discuter, la conférence a réuni deux entreprises familiales devenues sociétés à mission : le Groupe GPA, acteur de l’économie circulaire spécialisé dans le recyclage automobile, et Restoria, entreprise de restauration collective. Accompagnées de Laurent Allard, Valérie Brisac et Cécile de Lisle, experts sur le sujet, les intervenantes ont tenté de mettre en lumière les bénéfices et freins de la qualité de société à mission pour les entreprises familiales.

Synthèse des échanges
Pour poser le cadre, Valérie Brisac a rappelé que la qualité de société à mission est avant tout un cadre légal audité : l’entreprise se fixe une raison d’être, votée en assemblée générale et inscrite dans ses statuts, qui va au-delà de simples objectifs financiers, et dont le respect est contrôlé régulièrement. La France compte aujourd’hui 2 668 sociétés à mission, dont 83 % de PME et 11 % d’ETI, le reste étant constitué de grands groupes. Leur première motivation : assurer la pérennité de l’entreprise.
Cécile de Lisle a ensuite précisé que la définition d’entreprise familiale varie. Selon l’UE, il s’agit d’une entreprise dans laquelle un individu ou une famille détient la majorité des droits de vote et a un rôle de gouvernance, ce qui représente environ 70 % des entreprises en France, et à peu près autant en Europe. La définition du Family Business Network ajoute la notion de transmission (ou de volonté de transmission) entre générations, et réduit ainsi fortement ce périmètre. Ces entreprises ont souvent l’engagement dans leur ADN, notamment sur le plan social, et c’est selon elle ce qui explique qu’elles ne se tournent pas davantage vers la société à mission : elles estiment parfois être déjà engagées.
Qu’est-ce qui a motivé le passage en société à mission ?
Pour GPA, la démarche s’est imposée presque naturellement. Son activité d’économie circulaire, fondée sur la vente de pièces automobiles de seconde vie, rendait son ADN très engagé bien avant l’adoption de la qualité, et la discussion en famille a conclu à une évidence. Le passage a surtout permis de structurer la démarche, d’en objectiver l’impact, mais également d’impliquer 80 à 100 salariés lors de la construction de la raison d’être. Être société à mission a aussi rassuré les partenaires, notamment les assureurs : « ce qu’on dit, on le fait ». Pour Evelyne Barberot, la qualité ancre en outre l’entreprise dans son territoire.
Une entreprise ne peut plus se contenter d'être performante, il faut qu'elle soit robuste.

Chez Restoria, le déclencheur a été le départ à la retraite d’un des deux fils des fondateurs, alors dirigeant, et l’entrée d’un fonds d’investissement au capital. La qualité, adoptée en 2021, visait à protéger l’identité de l’entreprise et à sanctuariser ses engagements.
C'était le chapeau qui nous manquait.

Qu’est-ce que cela change dans la vie de l’entreprise ?
Pour Restoria, adopter la qualité de société à mission a poussé l’entreprise à passer du moyen à l’impact. Elle menait déjà de nombreux chantiers, mais la qualité a apporté des objectifs opérationnels et des indicateurs qui ont aidé à piloter l’activité, à bâtir une feuille de route, et à prouver que les actions menées agissent réellement.
Chez GPA, le cadre ainsi créé à permis de structurer l’engagement de l’entreprise et mesurer ce qu’elle fait, par exemple en suivant ses émissions carbone. Ce cadre lui a également permis de s’engager concrètement sur de nouvelles causes : GPA a créé un fonds de dotation qui soutient des associations de solidarité et de protection animale, ainsi que des projets dans le domaine de la culture. Être société à mission est un réel engagement, et l’entreprise s’efforce d’aligner sa mission sur sa stratégie.
Est-ce bon pour les affaires ?
Face aux grands groupes, GPA y voit un moyen de se démarquer et de se différencier. Restoria nuance : cette qualité n’est pas un élément différenciant commercialement, mais elle renforce l’image de l’entreprise et son attractivité. Certains salariés recherchent un lieu de travail à mission, pour contribuer par leur activité quotidienne à la mission de l’entreprise. L’enjeu reste néanmoins d’embarquer réellement tous les collaborateurs au sein de la mission, au-delà de la famille et du siège.
Quelles limites et quelles difficultés ?
Le principal point de vigilance de Restoria concerne le niveau d’ambition : faut-il se challenger avec des indicateurs exigeants, ou en fixer de plus bas pour être certain d’être conforme au moment de l’audit ? Chez GPA, c’est le comité de mission qui pousse l’exigence. Les objectifs qu’il fixe sont ambitieux, et les équipes peuvent parfois les vivre comme une véritable montagne à gravir, source de complexité supplémentaire.
Quels apprentissages ?
En conclusion de la conférence, Laurent Allard, de Family&Co, société à mission (depuis 3 mois) spécialisée dans l’accompagnement des dirigeants et actionnaires familiaux, a résumé l’apport de la démarche en quelques mots-clés : pérenniser, sanctuariser, progresser, objectiver. Il a toutefois rappelé que la démarche reste exigeante, ce qui explique pourquoi les entreprises familiales ne s’y engagent pas systématiquement : le reporting et les audits sont contraignants, et seule la conviction permet de s’y tenir. Le passage se fait d’ailleurs souvent à un point de bascule, lorsqu’une motivation ou un risque perçu s’impose, comme l’arrivée d’un nouvel actionnaire ou une transmission à la génération suivante. Une fois le cap franchi, la démarche s’inscrit dans une logique de progrès continu.
Une société à mission est mieux armée pour affronter les défis dans un monde en changement perpétuel.

Enseignements clés à retenir
- Pour une entreprise familiale, la société à mission ne crée pas l’engagement : elle le structure et le rend visible, alors qu’il est déjà présent dans l’ADN.
- Elle permet aussi de sanctuariser la raison d’être, en particulier lors d’une transmission ou de l’arrivée d’un investisseur.
- Elle fait passer l’entreprise d’actions menées à un véritable pilotage par l’impact, grâce à des indicateurs, des trajectoires et une feuille de route.
- Elle fédère en interne, puisque les salariés savent pour qui ils travaillent et que certains recherchent un employeur à mission, et elle rassure les partenaires externes.
- C’est enfin une démarche exigeante (audit, comité de mission challengeant, choix du niveau d’ambition), qui ne se justifie que par conviction.
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