Webinaire - entreprises familiales et société à mission

Contexte du webinaire « Société à mission : qu’en pensent les entreprises familiales ? »
Pourquoi les entreprises familiales, pourtant proches par nature de l’esprit “à mission”, restent-elles minoritaires à adopter cette qualité ? C’est ce constat qui a piqué la curiosité de l’équipe HAATCH, société à mission elle-même depuis 2020, en partenariat avec la Communauté des entreprises à mission – association fédérant 350 organisations à mission ou en chemin -, Cécile de Lisle – Directrice Exécutive du Centre Family Business d’HEC Paris – et Family & Co – spécialiste de l’accompagnement des entreprises et actionnaires familiaux depuis 2004. Nous avons mené l’enquête en réalisant une dizaine d’entretiens avec des entreprises familiales de profils variés, certaines “à mission”, d’autres non, certaines plutôt sponsors, d’autres plutôt opposées à la démarche. Pour partager les enseignements de ce travail et les confronter à des retours d’expérience concrets, un webinaire a réuni experts et dirigeants d’entreprises familiales engagées, animé par Alexis Krycève, fondateur associé du cabinet HAATCH.
Lors de ce webinaire, ont notamment témoigné :
- Pauline Duval, Directrice du Groupe Duval
- Bris Rocher, Président du Conseil d’Administration du Groupe Rocher et membre du Conseil d’Administration de la Communauté des entreprises à mission
- Jean-Pierre Cheval, Président du Groupe Cheval
Pour revoir l’intégralité du webinaire c’est ici :
Résumé du webinaire
Entreprises familiales : de quoi parle-t-on vraiment ?
Souvent évoquées comme un ensemble homogène, les entreprises familiales recouvrent des réalités très diverses. Comme l’a rappelé Cécile de Lisle – Directrice Exécutive du Centre Family Business d’HEC Paris –, elles se caractérisent avant tout par la détention et le contrôle du capital par une ou plusieurs familles, avec une implication forte dans la gouvernance. Elles représentent près de 60 % des entreprises en Europe et en France, une part majeure de l’emploi et du PIB, et se distinguent par une vision de long terme et une forte résilience. Autant de traits qui les rapprochent, en théorie, de l’esprit de la Société à mission.
Des spécificités qui interrogent la gouvernance
Les entreprises familiales ne sont pas tout à fait des entreprises comme les autres. Pour Laurent Allard – associé chez Family & Co –, leur singularité tient notamment à la diversité de leur actionnariat au fil des générations, à la porosité possible entre sphère familiale et sphère professionnelle, et à la nécessité de faire de cette complexité une force. Ces spécificités constituent un terrain particulièrement intéressant pour interroger l’apport réel de la société à mission en matière de gouvernance et de structuration du projet d’entreprise.
Quand je suis arrivée dans le groupe, on était déjà très engagés, mais le fil rouge n’était pas si clair. La société à mission a été une vraie opportunité pour poser un cadre commun, aligner toutes les parties prenantes et donner une direction lisible, surtout dans un contexte de diversification.

Les témoignages d’entreprises familiales
Les témoignages de Pauline Duval et Jean-Pierre Cheval ont mis en lumière un point commun : au-delà de l’engagement, la société à mission agit comme un outil de clarification. Dans des groupes en croissance ou en diversification, elle permet de poser un cap, de rendre explicites des valeurs parfois implicites et d’aligner durablement les parties prenantes. Le comité de mission apparaît alors comme un levier clé pour structurer la démarche, challenger les choix et inscrire l’entreprise dans une logique d’amélioration continue, sans perdre de vue la performance économique.
En grandissant, on avait un peu perdu ce qui faisait notre nature profonde. La Société à mission nous a permis de nous recentrer, de structurer une feuille de route partagée et de remettre du sens commun autour du projet économique.

La vision de Bris Rocher : un engagement volontaire, tourné vers le long terme
Pour le président du conseil d’administration du Groupe Rocher, adopter la qualité de Société à Mission a permis de rendre explicite un engagement déjà existant, et de l’inscrire durablement dans la gouvernance.
La mission devient un vecteur de mobilisation interne (jusqu’à l’indexation la rémunération variable sur les objectifs de mission) et un outil de cohérence entre les différentes marques du groupe.
Son message est clair : mieux vaut agir volontairement et en amont, plutôt que sous la contrainte réglementaire ou réputationnelle.
C'est vrai qu'il y a encore beaucoup d'entreprises qui ne sont pas sociétés à mission. Je souhaite juste préciser que c'est une qualité qui est très récente quand même. L'année dernière, on a franchi les 2000 sociétés à mission, ce qui est non négligeable. Le frein principal, c'est que ça nous oblige juridiquement. C'est statutaire, donc ça oblige l'entreprise juridiquement. Donc, oui, il y a un risque mais je balaye ce risque car que vous soyez société à mission ou pas, ce risque existe déjà : c'est le sujet de la réputation. Ce sujet réputationnel est déjà présent et je pense donc qu'il est fondamental pour une entreprise, et même de la responsabilité de ses dirigeants, d'agir, même en l'absence de contraintes juridiques et réglementaires, parce que de toute façon, on le sait déjà, ça nous sera imposé tôt ou tard.

Mot de la fin
En conclusion du webinaire, Alexis Krycève, fondateur associé de HAATCH et animateur des échanges, a replacé la société à mission dans une dynamique plus large que celle d’un simple statut juridique. Pour lui, elle s’inscrit dans un moment charnière pour les entreprises, et en particulier pour les entreprises familiales, historiquement porteuses d’une vision de long terme et d’un ancrage territorial fort.
On vit une séquence paradoxale : les enjeux sont de plus en plus évidents tous les jours, et certains s’en détournent. Il va y avoir deux types d’entreprises : celles qui réaffirment qu’elles croient à l’engagement, et les autres.

À travers cette prise de recul, Alexis Krycève a rappelé que la qualité de société à mission constitue avant tout une affirmation stratégique : celle d’un projet d’entreprise qui assume ses responsabilités économiques, sociales et environnementales, et qui choisit de les inscrire durablement dans sa gouvernance. Une démarche volontaire, structurante et évolutive, appelée à se renforcer dans les années à venir.