Pour un futur régénératif agri/Agro - session #1

Collectif “Pour un futur régénératif du secteur agri/agro” : Désirabilité et accessibilité, pourquoi et comment rendre les produits alimentaires durables désirables et accessibles ?

Le 11 février dernier, une centaine d’acteurs et actrices du secteur agro-alimentaire se sont réunis à la Climate House pour le lancement du collectif « Pour un futur régénératif du secteur agri/agro », cofondé par la Convention des Entreprises pour le Climat (parcours Agri/Agro), The Shift Project, Le BASIC, le Collectif En Vérité, HAATCH et la Climate House.
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Publié le 18/02/2026
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L’ambition de cette première soirée était claire : prendre un temps d’arrêt collectif pour explorer une question devenue centrale pour l’ensemble de la filière : celle de la désirabilité et de l’accessibilité des produits alimentaires plus durables et régénératifs, à l’heure où ils subissent la mauvaise presse d’être à la fois trop chers, et pas assez attractifs…

Pendant cette session de 3 heures, nous avons laissé la parole à des expert·es et entreprises témoins, pour décortiquer cette question symbolique mais bien au cœur de l’engrenage, et essayer d’en dégager des enseignements et des pistes à explorer pour faire – peu à peu – changer d’échelle la consommation de produits alimentaires plus durables.

Derrière ce collectif, une conviction partagée : la transformation du système alimentaire est nécessaire, mais elle ne pourra pas se faire uniquement par la contrainte ou par la bonne volonté. Elle devra s’appuyer sur des modèles viables, attractifs et cohérents avec les réalités économiques du moment.

Programme de la session du 11/02/26 :

  • Introduction par Alexis Krycève : l’alimentation au coeur de nos sociétés et miroir de toutes nos contradictions
  • Le Shift Project et le BASIC (Bureau d’analyse sociétale d’intérêt général) pour planter le décor
  • Omie, Les 2 Vaches, WorldPanel by Numerator & Shortlinks, entre témoignages du terrain et expertises sectorielles
  • 💥Une démonstration de Chef Damien, co-fondateur de Necense, qui a reproduit en live la recette phare à l’origine de la création de la marque ! 🍊🫒

Et maintenant ?

Cette première soirée marque le point de départ d’une dynamique appelée à durer. Le collectif organisera d’autres rencontres pour approfondir ces sujets, partager des retours d’expérience et faire émerger des pistes d’action concrètes. La transformation du système alimentaire est complexe. Elle nécessite des espaces de dialogue exigeants, ouverts et ancrés dans la réalité économique.

📅 Prochain rendez-vous : le 15 avril 2026 à la Climate House.

 

Pour les plus curieux et curieuses d’entre vous, retrouvez un bref résumé des échanges & interventions dans la suite de cet article !

 

L’alimentation : un miroir de nos contradictions

 

En ouverture, Alexis Krycève a rappelé combien l’alimentation occupe une place singulière dans nos sociétés.

Elle est un besoin vital, mais aussi un terrain d’expression sociale, culturelle et émotionnelle. Elle incarne des tensions permanentes :

  • besoin primaire et parfois superflu poussé à l’extrême;
  • vecteur de santé… mais aussi facteur de maladies;
  • symbole du local autant que produit d’une mondialisation avancée;
  • artisanat d’un côté, ultra-transformation de l’autre;
  • plaisir individuel et enjeu collectif…

L’alimentation nous relie. Elle raconte nos identités, nos territoires, nos habitudes. Elle est aussi devenue un sujet stratégique : climat, énergie, pouvoir d’achat, souveraineté, santé publique.

Dans un contexte où l’engagement et la durabilité sont parfois remis en question, où la pression sur les prix s’intensifie, le secteur alimentaire concentre toutes les interrogations.

⇒ L’engagement “fait-il encore vendre” ?

⇒ Le consommateur est-il réellement prêt à arbitrer en faveur du durable ?

⇒ Peut-on concilier plaisir, accessibilité et responsabilité ?

La soirée a précisément cherché à éclairer ces tensions, sans posture dogmatique, mais avec lucidité.

 

🎤 L’éclairage systémique du The Shift Project

 

Capucine Laurent, experte agri-agro indépendante pour le Shift Project et porteuse du projet Manger en 2050, a proposé un éclairage macro, indispensable pour comprendre les contraintes structurelles qui pèsent sur la filière.

Elle a rappelé la forte dépendance du secteur aux énergies fossiles, aux importations d’intrants et aux équilibres géopolitiques. La hausse des prix du gaz en 2022 a entraîné une hausse significative des prix agroalimentaires , illustrant la vulnérabilité structurelle du modèle actuel.

Le changement climatique accentue ces fragilités : pertes agricoles croissantes, tensions sur l’eau, volatilité des rendements .

Le projet Manger en 2050 vise à anticiper ces contraintes pour construire une transformation planifiée, cohérente avec les réalités énergétiques, climatiques et sociales.

 

💰 Comprendre ce qui se cache réellement derrière le prix avec Le BASIC

 

Christophe Alliot, Directeur du Bureau d’analyses sociétale d’intérêt collectif), a poursuivi en analysant la construction des prix alimentaires et la répartition de la valeur dans les chaînes d’approvisionnement et de distribution alimentaires.

Une répartition de la valeur déséquilibrée

Pour 100 € dépensés en alimentation en France :

  • 12,8 € correspondent à la valeur de la production agricole française
  • 66,2 € sont créés en aval de l’agriculture, c’est-à-dire pendant les phases de transformation, de transport et surtout, de commercialisation et de distribution

La majorité des chaînes alimentaires dominantes reposent sur une logique d’indifférenciation : standardisation, volumes élevés, concurrence internationale et pression sur les prix agricoles.

Cette organisation a permis de garantir une alimentation abondante et relativement abordable. Mais elle a aussi contribué à :

  • une forte concentration des acteurs;
  • une pression accrue sur les producteurs;
  • des pressions environnementales, sociétales et sanitaires majeures;

Le “pas cher” est-il vraiment moins cher ?

Un point clé de l’intervention a porté sur les coûts invisibles.

Les impacts environnementaux, sanitaires et sociaux ne sont pas intégrés pleinement dans le prix affiché. Ils sont, pour grande partie, assumés collectivement (à travers les services publics notamment).

À l’inverse, certains modèles différenciés (bio, équitable, circuits courts) génèrent une valeur sociétale significative, tout en recevant proportionnellement moins de soutiens publics que les modèles indifférenciés.

La question n’est donc pas seulement celle du niveau de prix, mais de la manière dont il est construit et réparti.

 

🎙️ Table ronde : désirabilité et accessibilité, une même équation

 

La table ronde a permis d’atterrir sur la réalité du marché, grâce aux témoignages de 2 acteurs engagés : Omie & Les 2 vaches, ainsi que d’expertes des comportements des consommateurs (Worldpanel) & des récits marketing & communication (Shortlinks).

Plusieurs enseignements forts ont émergé :

  • Le critère environnemental, à lui seul, ne déclenche pas l’achat. Les consommateurs priorisent d’abord la santé, le goût et le prix.
  • Les marques engagées évoluent aujourd’hui dans un contexte plus tendu qu’il y a cinq ans : inflation, pression sur les marges, arbitrages budgétaires plus stricts.
  • Dans ce cadre, la désirabilité devient stratégique. Il ne s’agit pas d’abandonner l’exigence environnementale, mais de l’intégrer dans une proposition de valeur complète, où le plaisir et l’expérience priment.

Les intervenants ont également souligné la nécessité de contractualiser durablement avec les producteurs et d’assumer des modèles économiques cohérents sur le long terme.

En résumé : désirabilité et accessibilité ne sont pas opposées. Elles doivent être pensées ensemble.

Dans un contexte de tension sur le pouvoir d’achat, la désirabilité des produits alimentaires dits durables devient centrale car l’élasticité-prix de ces derniers est plus élevé que sur d’autres produits alimentaires moins chers et considérés comme des produits de référence. Mais quels arguments mettre en avant pour créer de la désirabilité ?

Les marques engagées doivent trouver un équilibre subtil entre : ne pas diluer leur exigence de fond, mais éviter :

  • d’entrer par un discours exclusivement militant ou anxiogène,
  • et/ou multiplier les arguments environnementaux et/ou sociétaux trop vagues, qui ne parlent pas directement au consommateur et à son besoin de trouver dans sa consommation des bénéfices directs (prix, impact positif sur la santé, affect ou émotion directe et à laquelle il peut s’identifier facilement).

Une démonstration par l’expérience : Necense

 

La soirée s’est conclue par une démonstration culinaire de Chef Damien Duquesne, co-fondateur de Necense, qui a recréé en direct la recette du spritz sans alcool de la marque, 100% naturel et à base de plantes.

Son approche illustre concrètement un point central : lorsque le goût est au rendez-vous, lorsque l’expérience est convaincante, la transition devient naturelle… du moins plus facilement !

Le végétal, la naturalité, la simplicité peuvent être synonymes de plaisir, à condition d’en faciliter l’accès et de rompre les nombreuses barrières perçues par les consommateurs aujourd’hui.

Chef Damien Duquesne en pleine démonstration !

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